Les municipales de mars 2026 étaient présentées par Jean-Luc Mélenchon comme un « galop d’essai » avant la présidentielle de 2027. La France Insoumise partait de zéro à l’échelon local. En 2020, le mouvement avait délibérément « enjambé » les municipales pour se concentrer sur le national. Résultat en 2026 : une percée réelle mais un bilan contrasté. Des victoires symboliques à Saint-Denis et Roubaix. Des défaites cinglantes à Toulouse et Limoges. Et une gauche toujours aussi divisée. Alors, que nous disent ces municipales sur les chances réelles de Mélenchon en 2027 ? 1. Un parti qui partait de zéro en 2026 Pour comprendre les municipales de 2026, il faut rappeler le point de départ. LFI était quasiment absente du paysage local avant ce scrutin. En 2020, le mouvement avait choisi de ne pas se présenter aux municipales. La priorité absolue était la présidentielle de 2022. Cette stratégie avait eu un coût. LFI n’avait pratiquement aucun élu local. Aucun réseau de maires. Aucun ancrage territorial durable. Le PS et le PCF, eux, avaient conservé leurs bastions. En 2026, LFI change de logique. Elle présente des listes dans environ 250 communes en métropole. C’est une première. Manuel Bompard, coordinateur du parti, l’assume : ces élections servent à construire les réseaux locaux qui alimenteront la mobilisation présidentielle de 2027. Mélenchon le dit sans détour lors du meeting de lancement en Seine-Saint-Denis : il s’agit d’ »élever le niveau de conscience » et de préparer l’élection présidentielle. Les municipales ne sont qu’un outil au service d’un objectif plus grand. Sources : europe1.fr, franceinfo.fr, 1001infos.net Les victoires symboliques : Saint-Denis, Roubaix, Vénissieux Le bilan du premier tour est encourageant pour LFI. Qualifié dans 96 communes, le mouvement réalise des scores significatifs dans plusieurs grandes villes. Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) : C’est le coup d’éclat du premier tour. Bally Bagayoko remporte la mairie dès le soir du 15 mars avec 50,77 % des voix. Il bat le socialiste sortant Mathieu Hanotin. Saint-Denis est la ville la plus peuplée de Seine-Saint-Denis, avec plus de 100 000 habitants. C’est la première fois que LFI gouverne une ville de cette taille. Mélenchon avait qualifié le maire sortant de « petit bourgeois visqueux » lors de la campagne, une attaque qui illustre la brutalité des relations entre LFI et le PS. Roubaix (Nord) : Au premier tour, le député David Guiraud recueille 46,64 %. Il remporte le second tour. Roubaix, ville populaire de près de 100 000 habitants, devient insoumise. C’est un symbole fort, la ville était un bastion de la gauche modérée. Vénissieux (Rhône) : LFI arrache de justesse la mairie face à la sortante PCF Michèle Picard — 34,11 % contre 33,90 %. Un écart infime mais une victoire réelle. La Courneuve, Saint-Fons, Vaulx-en-Velin : LFI remporte plusieurs communes de banlieue, renforçant son ancrage dans les quartiers populaires de l’Île-de-France et de la région lyonnaise. Sources : franceinfo.fr, vert.eco, publicsenat.fr Les défaites cuisantes dans les grandes métropoles Le second tour nuance considérablement l’enthousiasme du premier. LFI n’atteint pas la « petite dizaine de victoires » espérée par Mélenchon. Toulouse : François Piquemal arrive deuxième au premier tour avec 24,7 %, derrière la droite. Il conclut une alliance avec le candidat socialiste. Mais le maire sortant de droite Jean-Luc Moudenc conserve la mairie. LFI-PS ne convertit pas. Limoges : LFI devance le PS avec 26,2 % au premier tour. Un résultat encourageant. Mais la victoire n’est pas au rendez-vous au second tour. Paris : Sophia Chikirou, candidate LFI, obtient 11 % et se maintient. Mais elle échoue à empêcher la victoire de la liste socialiste d’Emmanuel Grégoire. Lille : Lahouaria Addouche réalise 24 %, presque à égalité avec le socialiste sortant Arnaud Deslandes. Les Écologistes font office d’arbitre. LFI ne remporte pas la ville. Marseille : Sébastien Delogu se retire au second tour pour éviter une victoire du RN. Il avait recueilli 12 % au premier tour. Une discipline tactique rare pour LFI. Sources : vert.eco, acturoubaix.fr, franceinfo.fr Le bilan réel : une percée limitée aux territoires populaires Les analystes sont mesurés. La Fondation Jean-Jaurès produit une analyse qui tempère les déclarations triomphantes de Mélenchon. Avec seulement 247 listes en métropole, LFI recueille à peine 2,6 % des voix à l’échelle nationale. Dans les communes où elle était présente, la moyenne s’établit à 12,4 %. C’est significatif. Mais c’est précisément le potentiel électoral habituel de Mélenchon à une présidentielle dans les mêmes zones. Autrement dit, les municipales confirment le socle existant. Elles ne le font pas progresser. La percée est donc réelle mais géographiquement circonscrite. LFI s’implante dans les quartiers populaires des grandes villes. Elle reste marginale dans les communes rurales et périurbaines. Or ce sont ces territoires qui font pencher une élection présidentielle. Pour le politologue Rémi Lefebvre, le vote progressiste est désormais concentré dans les grandes métropoles. La France des campagnes et des villes moyennes s’éloigne de LFI. Sources : jean-jaures.org, vert.eco, lagrandeconversation.com La guerre des récits avec le Parti Socialiste Derrière le bilan électoral, la vraie bataille est politique. Mélenchon veut imposer LFI comme parti hégémonique à gauche. Le PS veut prouver qu’il reste la première force progressiste du pays. Les deux camps lisent les mêmes résultats de façon diamétralement opposée. La lecture LFI : La percée est « magnifique ». Le parti s’installe dans des villes qu’il n’avait jamais gouvernées. Il s’impose comme faiseur de rois dans les négociations d’entre-deux-tours. C’est une dynamique que 2027 va amplifier. La lecture PS : Le Parti Socialiste rappelle avoir reporté 704 communes dès le premier tour. Il revendique 6 801 conseillers municipaux élus, ce qui en ferait la première force de gauche en France. Pour Olivier Faure, premier secrétaire du PS, Mélenchon est devenu « le boulet de la gauche ». Ses « outrances » et « dérives antisémites » auraient coûté Toulouse et Limoges à la gauche. Il estime que LFI ne peut pas « progresser dans les urnes » tant que Mélenchon reste à sa tête. Ce débat n’est pas anecdotique. Il structure directement la question de la primaire à gauche pour 2027. Sources : lalibre.be, timefrance.fr, europe1.fr La stratégie de Mélenchon pour 2027 : hégémonie ou alliance ? Les municipales éclairent la stratégie de Mélenchon pour 2027. Elle repose sur deux objectifs distincts. Premier objectif : empêcher
Sondages présidentielle 2027 : Philippe grimpe, Bardella et Le Pen toujours devant
Les municipales de mars 2026 ont tout changé. Du moins dans les sondages. La réélection d’Édouard Philippe comme maire du Havre le 22 mars lui donne un souffle nouveau. Il bondit de 6 points dans le baromètre Ipsos BVA – La Tribune Dimanche publié ce dimanche 12 avril 2026. Mais le RN reste solidement en tête. Jordan Bardella et Marine Le Pen conservent une avance confortable. À un an du scrutin, le paysage présidentiel commence à se dessiner plus clairement. Philippe : le grand rebond post-municipal C’est le chiffre qui retient l’attention. Édouard Philippe est crédité de 26 % de Français satisfaits à l’idée qu’il devienne président en 2027. C’est une hausse de 6 points par rapport au mois précédent. Ce rebond s’explique directement par sa victoire aux municipales. Il a été réélu maire du Havre avec 47,71 % des voix au second tour. Il avait lui-même posé cette réélection comme condition sine qua non à sa candidature présidentielle. Le message est passé. Son passage au 20 Heures de France 2, quelques jours après sa victoire, a été lu comme un coup d’envoi officieux de sa campagne. Depuis, les sondages confirment la dynamique. Selon le baromètre Ipsos BVA, Philippe s’impose comme le leader naturel du bloc central, reconnu par 62 % des sympathisants de ce camp. C’est sa force principale : il rassemble au centre, là où Philippe est seul à pouvoir le faire. Les sondages d’intentions de vote confirment cette tendance. Selon l’enquête Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche de fin mars 2026, Philippe obtiendrait entre 20,5 % et 25,5 % au premier tour selon les configurations. Et au second tour, il serait le seul candidat testé capable de battre le RN 51,5 % face à Bardella, 53 % face à Le Pen. Sources : Ipsos BVA/La Tribune Dimanche (avril 2026), Elabe/BFMTV/La Tribune Dimanche (mars 2026) Bardella et Le Pen : toujours au sommet Malgré le rebond de Philippe, le RN reste dominateur. C’est le fait majeur du baromètre d’avril. Jordan Bardella obtient 34 % de Français satisfaits à l’idée de le voir à l’Élysée. C’est en légère baisse d’un point. Marine Le Pen recueille 32 %, également en recul d’un point. Mais leur avance sur tous leurs concurrents reste très large. Au premier tour des intentions de vote, les enquêtes récentes (IFOP, Elabe, mars 2026) placent le RN entre 34 et 38 %. C’est un niveau inédit pour un parti d’extrême droite sous la Ve République. La situation judiciaire de Marine Le Pen reste le principal facteur d’incertitude. Elle a été condamnée en mars 2025 à 5 ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. La cour d’appel de Paris doit rendre sa décision le 7 juillet 2026. Si la peine est confirmée, Jordan Bardella serait désigné candidat RN lors d’un congrès à l’automne 2026. Dans les deux cas, Le Pen ou Bardella, le RN part largement en tête au premier tour. Le vrai enjeu reste le second tour. Sources : Ipsos BVA/La Tribune Dimanche (avril 2026), interieur.gouv.fr, franceinfo.fr Le bond d’Éric Ciotti après Nice Une surprise de ce baromètre : Éric Ciotti. Le président de l’UDR, Union des droites pour la République, parti allié du RN, voit sa cote bondir de 4 points à 20 %. C’est son plus haut niveau jamais mesuré. Ciotti vient de remporter la mairie de Nice. Il a battu l’ancien maire Christian Estrosi, figure historique de la droite niçoise, lors du second tour des municipales. Une victoire symbolique et personnelle forte. À 20 %, Ciotti dépasse Marion Maréchal (23 %, -1 point), eurodéputée de Reconquête. Sa montée illustre un phénomène plus large. Les vainqueurs des municipales bénéficient d’un effet de légitimité dans les sondages présidentiels. Philippe en a profité (+6). Ciotti aussi (+4). Sa candidature à la présidentielle n’est pas déclarée. Mais son positionnement au sein de la droite alliée au RN lui donne une place dans le débat. Sources : Ipsos BVA/La Tribune Dimanche (avril 2026) À gauche : Ruffin, Glucksmann et Hollande ex æquo La gauche reste fragmentée. Mais le baromètre d’avril donne un premier classement clair parmi ses figures. François Ruffin, Raphaël Glucksmann et François Hollande sont ex æquo à 16 % de satisfaits en cas de victoire présidentielle. C’est un score stable pour Glucksmann et Ruffin. La présence de Hollande à ce niveau est notable, l’ancien président reste une référence pour une partie de l’électorat social-démocrate. Ces trois figures incarnent trois visions distinctes de la gauche réformiste. Ruffin défend une ligne populiste et anti-establishment. Glucksmann incarne la social-démocratie proeuropéenne. Hollande représente le socialisme de gouvernement classique. Mais à 16 %, aucun d’eux n’atteint le niveau nécessaire pour envisager une qualification au second tour. L’Elabe baromètre d’avril 2026 confirme que Glucksmann et Ruffin obtiennent chacun 41 % d’image positive dans l’électorat de centre-gauche, bien loin de Philippe (62 %) dans son camp. La question de la primaire à gauche reste entière. Selon le baromètre Ipsos BVA, 82 % des Français sont favorables à une primaire pour désigner un candidat unique à gauche comme à droite. Mais les partis ne s’accordent pas sur ses modalités. Le PS pousse pour une primaire. Glucksmann refuse d’y participer. Ruffin veut l’ouvrir en grand. LFI et Mélenchon ne veulent pas en entendre parler. Sources : Ipsos BVA/La Tribune Dimanche (avril 2026), Elabe/Observatoire politique (avril 2026) Le pouvoir d’achat, première préoccupation des Français Au-delà des personnalités, le baromètre d’avril révèle une inquiétude majeure. Le pouvoir d’achat est cité comme première préoccupation par 52 % des Français. C’est une hausse de 6 points par rapport à mars 2026. Ce chiffre n’est pas neutre pour la présidentielle. Il structure l’agenda politique. Tous les candidats devront se positionner clairement sur les salaires, l’inflation, le coût de l’énergie et la taxation. C’est précisément sur ce terrain que le RN réalise ses meilleurs scores. Bardella se présente comme le candidat des catégories populaires frappées par la hausse des prix. Ce positionnement lui vaut une audience large dans les classes moyennes et ouvrières. La montée du pouvoir d’achat dans les préoccupations pourrait donc bénéficier au RN plus qu’à ses concurrents. Sources : Ipsos BVA/La Tribune Dimanche (avril 2026) Ce que ces sondages ne disent pas Ces chiffres sont instructifs. Mais ils appellent plusieurs mises en garde importantes. La cote de
Programme du RN sur l’écologie : ce que propose vraiment le Rassemblement National
L’écologie n’est pas le premier sujet associé au Rassemblement National. Et pourtant, le parti de Jordan Bardella a un programme sur ce thème. Il est fondé sur une notion centrale : refus de l’écologie punitive. Derrière cette formule, des mesures concrètes qui s’éloignent des engagements climatiques européens. Mais aussi quelques propositions surprenantes sur l’eau, l’agriculture ou le nucléaire. La doctrine : « l’écologie du bon sens » contre « l’écologie punitive » Le RN part d’un constat. La France figure selon lui parmi les cinq pays du monde où l’environnement est le moins dégradé. À partir de là, sa logique est simple. Imposer des contraintes supplémentaires pénalise les Français sans gain environnemental réel. Le programme RN oppose deux modèles. D’un côté, l’ »écologie punitive » celle des ZFE, de l’interdiction des thermiques, du Pacte vert européen. De l’autre, ce que Jordan Bardella appelle l’ »écologie du bon sens » ou « écologie positive ». Cette dernière se veut pragmatique, nationale et non contraignante. Ce cadrage a une conséquence directe. Les mots « climat » et « biodiversité » n’apparaissent pas dans le programme législatif de 2024 du RN. Seules quelques attaques contre l’ »écologie punitive » y figurent. L’écologie n’est donc pas un axe prioritaire du parti mais ses positions sur ce sujet ont des effets concrets. Source : vert.eco, linfodurable.fr, Réseau Action Climat (reseauactionclimat.org) Énergie : le tout-nucléaire et le rejet de l’éolien C’est la colonne vertébrale du programme énergétique du RN. Le parti fait du nucléaire sa priorité absolue. Sur le nucléaire : Le RN veut relancer massivement la filière. Il promet la construction de 20 nouveaux réacteurs. Les premiers seraient opérationnels entre 2033 et 2037. Ce chiffre est contesté par les industriels eux-mêmes. EDF et la filière nucléaire reconnaissent qu’un tel rythme est irréaliste à court terme. Le programme du camp présidentiel prévoit 14 réacteurs, lui aussi qualifié d’ambitieux. Le RN veut également préserver les barrages hydroélectriques. Jordan Bardella s’est dit opposé à toute privatisation des barrages, envisagée par la Commission européenne. Sur l’éolien : La position du RN est claire. Il veut un moratoire sur tout nouveau projet éolien. Aucun nouveau parc éolien ne serait autorisé. En 2022, le programme présidentiel de Marine Le Pen allait plus loin et prévoyait le démantèlement des parcs existants. Jordan Bardella a nuancé cette position en 2024 : l’objectif est le moratoire, pas le démantèlement systématique. Pourquoi ce rejet ? Le RN qualifie l’éolien d’énergie « intermittente » et coûteuse. Il estime que le nucléaire peut seul assurer la souveraineté énergétique française. Or, selon le gestionnaire du réseau électrique RTE, les énergies renouvelables représentent environ 15 % de la production électrique française et permettent d’éviter l’émission de 22 millions de tonnes de CO2 par an. Sur le solaire : Le RN ne ferme pas totalement la porte au photovoltaïque. Jordan Bardella a évoqué la reconstruction d’une filière solaire française. Mais Jean-Philippe Tanguy, figure économique du parti, a déclaré qu’il n’y avait « pas d’urgence à faire du solaire ». La priorité reste le nucléaire. Sources : linfodurable.fr, vert.eco, Terra Nova (tnova.fr), Réseau Action Climat Transports : contre l’interdiction des véhicules thermiques et les ZFE C’est l’un des volets les plus visibles du programme RN sur l’environnement. Deux mesures phares sont proposées. L’abandon de l’interdiction des véhicules thermiques en 2035 : Le Parlement européen a voté en mars 2023 l’interdiction de la vente de voitures neuves à moteur essence et diesel à partir de 2035. Les eurodéputés RN ont voté contre ce texte. Le programme du RN propose d’abroger cette règle. Jordan Bardella estime que cette décision a été prise « sans étude d’impact ni consultation des professionnels ». Il plaide pour que l’Europe « favorise l’innovation » plutôt que d’interdire. Il souhaite voir émerger des véhicules « propres et abordables ». À noter : des constructeurs comme Stellantis ont eux-mêmes exprimé des inquiétudes sur un revirement brutal de cette règle. Ils avaient organisé leurs plans d’investissement autour de l’électrification. La suppression des Zones à Faibles Émissions (ZFE) : Les ZFE sont des zones urbaines où certains véhicules polluants sont interdits. Elles existent dans plusieurs grandes villes comme Paris, Lyon ou Marseille. Le RN veut les supprimer au nom du pouvoir d’achat. L’argument : les ménages les moins aisés, possédant les voitures les plus anciennes, sont les premiers pénalisés. Ce point est complexe juridiquement. Les ZFE relèvent des politiques locales. Une loi nationale ne pourrait pas les supprimer directement sauf à modifier le cadre législatif qui permet aux collectivités de les instaurer. Sources : rassemblementnational.fr, euractiv.fr, Réseau Action Climat, aefinfo.fr Prix de l’énergie : baisser la TVA sur les carburants Le RN propose de ramener la TVA sur les produits énergétiques (carburants, fioul, gaz, électricité) de 20 % à 5,5 %. Cette mesure est présentée dans le chapitre « pouvoir d’achat » du programme pas dans le chapitre écologie. C’est un signal politique clair. Pour le RN, la priorité est de baisser les coûts pour les ménages, pas de réduire la consommation d’énergies fossiles. Plusieurs économistes et analystes soulignent qu’une baisse de TVA sur les carburants bénéficie davantage aux ménages aisés, qui consomment plus d’énergie en valeur absolue. Le RN souhaite également sortir des règles européennes de fixation des prix de l’énergie. L’objectif affiché : reprendre la main sur les tarifs de l’électricité, jugés trop élevés du fait du marché unique de l’énergie. Les experts rappellent que la France est interconnectée au réseau européen. Sortir de ce marché impliquerait des négociations longues et complexes. Sources : programme RN (rassemblementnational.fr), tous-les-programmes.fr, vert.eco Agriculture : le plan « Manger français » C’est l’un des volets les plus développés du programme RN sur les questions environnementales et alimentaires. Le RN veut « refaire de l’agriculture un instrument du rayonnement du pays ». Il propose plusieurs mesures : Ces mesures rejoignent des propositions portées par d’autres partis. La question du contrôle aux frontières et de la réciprocité des normes est notamment défendue par des organisations agricoles comme la FNSEA. Sources : linfodurable.fr, tous-les-programmes.fr, programme RN (rassemblementnational.fr) Eau : un plan de rénovation du réseau C’est l’une des rares mesures spécifiquement environnementales du programme RN. Le parti propose d’engager un plan de rénovation du réseau de distribution d’eau en France. L’objectif est double. Réduire les pertes en ligne
Programme du RN sur l’immigration : ce que propose vraiment le Rassemblement National
L’immigration est le sujet central du Rassemblement National. Jordan Bardella le répète dans tous ses discours. C’est l’une de ses trois priorités avec le pouvoir d’achat et la sécurité. Mais derrière les formules « submersion migratoire », « immigration zéro » que propose concrètement le RN ? Quelles mesures sont dans son programme ? Lesquelles sont réalisables juridiquement ? On fait le point avec les sources officielles et les analyses d’experts. La doctrine : « stopper la submersion migratoire » Le programme RN sur l’immigration part d’un constat radical. Jordan Bardella veut réduire « drastiquement » l’immigration, légale et illégale. Le parti emploie le terme de « submersion migratoire » pour qualifier la situation actuelle. Ce cadrage est volontairement alarmiste. Il structure l’ensemble des propositions qui suivent. La stratégie du RN se déploie en deux temps distincts. D’abord un temps d’ »urgence » des mesures applicables rapidement par voie législative. Ensuite un temps de « réformes » des mesures plus structurelles, qui nécessitent pour certaines une révision constitutionnelle. Jordan Bardella l’a clairement annoncé sur Europe 1 : en cas de victoire en 2027, « la première mesure que nous engagerons est un référendum sur l’immigration ». Ce référendum porterait sur un paquet de mesures incluant la priorité nationale, les expulsions systématiques et la suppression du droit du sol. Sources : programme RN (rassemblementnational.fr), publicsenat.fr, europe1.fr La suppression du droit du sol C’est l’une des mesures les plus emblématiques du programme RN. Et l’une des plus discutées juridiquement. Ce que propose le RN : Le parti veut supprimer « l’automaticité » de l’acquisition de la nationalité française pour les enfants nés en France de parents étrangers. Aujourd’hui, un enfant né en France de parents étrangers peut obtenir la nationalité française entre 13 et 18 ans, sous conditions de résidence et de scolarisation. Le RN veut que la nationalité s’obtienne uniquement par naturalisation, sur des critères de « mérite et d’assimilation ». Ce que dit le droit : La suppression du droit du sol pose des questions constitutionnelles sérieuses. Jules Lepoutre, professeur de droit public à l’Université Côte d’Azur, estime que le Conseil constitutionnel pourrait considérer que le droit du sol est « consubstantiel à la tradition républicaine française ». Si tel est le cas, il faudrait réviser la Constitution pour supprimer ce droit. Cette révision nécessiterait soit un vote du Congrès à la majorité des 3/5e, soit un référendum. À noter : le Conseil constitutionnel a censuré une mesure similaire dans la loi immigration de janvier 2024. Ce précédent montre la difficulté juridique de cette proposition. Sources : lcp.fr, publicsenat.fr, Institut Montaigne (institutmontaigne.org), Les Surligneurs (lessurligneurs.eu) La priorité nationale C’est le cœur idéologique du programme RN. La priorité nationale parfois appelée « préférence nationale » consiste à réserver certains avantages aux citoyens français. Ce que propose le RN concrètement : Ce que dit le droit : La priorité nationale se heurte à plusieurs principes constitutionnels et européens. Le principe d’égalité devant la loi est inscrit dans la Constitution française. Les traités européens interdisent la discrimination fondée sur la nationalité entre ressortissants des États membres. Pour les ressortissants hors Union Européenne, des restrictions sont davantage possibles mais encadrées. Jordan Bardella lui-même précise que la priorité nationale pourrait nécessiter un référendum constitutionnel. Ce serait une démarche longue et incertaine. Sources : rassemblementnational.fr, lcp.fr, publicsenat.fr Le retour du délit de séjour irrégulier C’est une mesure que le RN juge applicable rapidement par voie législative ordinaire. Ce que propose le RN : Rétablir le délit de séjour irrégulier. Ce délit, qui existait avant 2012, permettait de poursuivre pénalement une personne présente sur le territoire sans titre de séjour valide. Il a été supprimé sous le quinquennat de François Hollande. Le contexte : La loi immigration de 2024, portée par Gérald Darmanin, avait réintroduit ce délit. Mais le Conseil constitutionnel l’a censuré. Le RN souhaite donc tenter à nouveau cette réintroduction. Les experts de LCP Assemblée nationale estiment que cette mesure est l’une des plus faisables juridiquement du programme RN — à condition d’avoir une majorité absolue au Parlement. Sources : lcp.fr, publicsenat.fr Les expulsions systématiques Le RN promet d’ »expulser systématiquement » les étrangers en situation irrégulière, les délinquants étrangers et les criminels étrangers. Ce que propose le RN : Ce que dit le droit : Les expulsions sont encadrées par le droit européen et la Convention européenne des droits de l’homme. L’article 8 de cette Convention protège le droit à la vie familiale. Le Conseil d’État contrôle la proportionnalité de chaque mesure d’expulsion. Supprimer toutes les dérogations reviendrait à violer des engagements internationaux de la France. Une révision de la Constitution serait nécessaire pour s’affranchir de ces protections ce que le RN envisage via référendum. Sources : lcp.fr, institutmontaigne.org, publicsenat.fr La fin du regroupement familial Le RN veut mettre fin au regroupement familial. Cette procédure permet à un étranger résidant légalement en France de faire venir son conjoint et ses enfants. Ce que propose le RN : Supprimer purement et simplement le regroupement familial. Sur son site officiel, le RN inscrit cette mesure parmi ses priorités migratoires. Jordan Bardella a répété cette proposition dans de nombreux médias. Ce que dit le droit : Le droit au regroupement familial est protégé par plusieurs textes. La Convention européenne des droits de l’homme garantit le droit à la vie familiale. Le droit de l’Union Européenne encadre également le regroupement familial pour les ressortissants de pays tiers. Supprimer totalement cette procédure entrerait en conflit avec ces engagements supranationaux. La mesure nécessiterait des renégociations au niveau européen un processus très incertain. Sources : rassemblementnational.fr, lcp.fr, publicsenat.fr Le traitement des demandes d’asile à l’étranger C’est une mesure phare du programme RN qui s’inspire de modèles testés dans d’autres pays européens. Ce que propose le RN : Traiter les demandes d’asile uniquement depuis l’étranger. Les demandeurs d’asile ne pourraient plus déposer leur dossier sur le sol français. Ils devraient le faire depuis leur pays d’origine ou depuis un pays tiers. Ce que dit le droit : La Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés pose des obligations précises. Elle garantit le droit à demander l’asile. Le traitement des demandes uniquement à l’étranger est un modèle expérimenté par le Royaume-Uni avec le Rwanda sans
Élection présidentielle 2027 entre le 11 avril et le 2 mai ?
La question revient partout depuis les municipales : quand votera-t-on exactement en 2027 ? Les dates officielles ne sont pas encore fixées par décret. Mais la Constitution donne une réponse claire. Le premier tour se tiendra soit le 11 avril, soit le 18 avril 2027. Le second tour suivra deux semaines plus tard : le 25 avril ou le 2 mai. Voici pourquoi. Tout part de la fin du mandat d’Emmanuel Macron Pour comprendre ces dates, il faut remonter à 2017. Emmanuel Macron est élu président le 7 mai 2017. Le Conseil constitutionnel proclame les résultats le 10 mai. La passation de pouvoirs entre François Hollande et Emmanuel Macron a lieu le 14 mai 2017. C’est ce jour-là que débute officiellement son premier mandat. L’article 6 de la Constitution est formel. Le mandat présidentiel dure cinq ans, jour pour jour. Donc le premier mandat de Macron se termine le 14 mai 2022. En 2022, réélu, Macron s’est succédé à lui-même. Ce cas particulier autorise quelques souplesses dans le protocole. Le Conseil constitutionnel a néanmoins précisé que son nouveau mandat débutait le 14 mai 2022. La date de fin de mandat est donc logiquement fixée au 14 mai 2027. Source : Conseil constitutionnel (conseil-constitutionnel.fr), article 6 de la Constitution L’article 7 de la Constitution fixe la fenêtre de vote Une fois la date de fin de mandat connue, le calcul devient mécanique. L’article 7 de la Constitution est précis. Il indique que l’élection du nouveau président doit se tenir dans un délai compris entre 20 et 35 jours avant la fin du mandat en cours. En partant du 14 mai 2027, voici la fenêtre de tir : Le premier tour doit donc se tenir entre le 9 et le 24 avril 2027. Dans cet intervalle, deux dimanches sont possibles. Ce sont les seuls jours valables pour un scrutin national. Il s’agit du dimanche 11 avril et du dimanche 18 avril 2027. Source : article 7 de la Constitution française (legifrance.gouv.fr) Le second tour : le 25 avril ou le 2 mai Le second tour se déroule toujours deux semaines après le premier tour. C’est une règle constante sous la Ve République. Si le premier tour a lieu le 11 avril, le second se tiendra le 25 avril 2027. Si le premier tour a lieu le 18 avril, le second se tiendra le 2 mai 2027. Dans les deux cas, le mandat de Macron court jusqu’au 14 mai 2027. Cela laisse entre 12 et 19 jours entre le second tour et la fin du mandat. Ce délai est nécessaire. Le Conseil constitutionnel doit proclamer les résultats officiels. La passation de pouvoirs entre le président sortant et son successeur doit être organisée. Pourquoi il faut toujours un président en exercice Cette logique de « tuilage » est fondamentale en droit constitutionnel. La France ne peut pas rester un seul jour sans président. C’est une règle non écrite mais absolue sous la Ve République. Le constitutionnaliste Benjamin Morel l’explique ainsi : il faut toujours « tuiler » pour qu’un président soit en exercice à tout moment. En 2022, Macron s’est permis une passation anticipée, le 7 mai, soit une semaine avant la fin officielle de son premier mandat. Ce choix n’avait aucun effet juridique sur la durée réelle du mandat. La date du 14 mai 2022 restait le début officiel du second mandat. Cette même logique explique pourquoi la passation de 2027 aura lieu le 14 mai 2027, quel que soit le résultat du second tour. C’est ce qui s’est toujours passé : Source : LCP Assemblée nationale, Conseil constitutionnel Ce calendrier peut-il changer ? Théoriquement oui. Deux scénarios pourraient modifier ces dates. La démission d’Emmanuel Macron. Si le président démissionnait avant la fin de son mandat, l’article 7 prévoit un autre calendrier. L’élection doit alors se tenir dans un délai de 20 à 35 jours à partir de la vacance. Le président du Sénat assure l’intérim. Une dissolution ou une crise institutionnelle majeure. Ce cas est peu probable mais pas impossible. L’actualité politique depuis 2024 rappelle que les calendriers peuvent être bouleversés. Dans le contexte actuel, aucun signe ne laisse présager une modification du calendrier. La présidentielle de 2027 se déroulera très vraisemblablement dans cette fenêtre constitutionnelle : premier tour le 11 ou 18 avril, second tour le 25 avril ou 2 mai. Source : article 7 de la Constitution française (legifrance.gouv.fr) Ce que ça change pour les candidats Ce calendrier n’est pas qu’une information technique. Il a des conséquences directes pour les candidats. Les parrainages. Pour se présenter, un candidat doit réunir 500 signatures d’élus répartis dans 30 départements. Ces parrainages doivent être déposés plusieurs semaines avant le premier tour. Concrètement, la collecte doit s’accélérer dès le début 2027. Le dépôt de candidature. Le Conseil constitutionnel fixe une date limite pour les candidatures. Généralement, elle intervient 44 jours avant le premier tour. En cas de premier tour le 11 avril, la date limite se situerait autour du 28 février 2027. En cas de premier tour le 18 avril, elle tomberait vers le 7 mars 2027. La campagne officielle. La campagne officielle commence 20 jours avant le premier tour. Elle enclenche les règles d’égalité du temps de parole et les plafonds de dépenses. Source : Conseil constitutionnel (conseil-constitutionnel.fr), Code électoral La présidentielle 2027 n’est pas encore datée officiellement. Mais la Constitution ne laisse que peu de marge. Le premier tour se jouera le 11 ou le 18 avril 2027, le second le 25 avril ou le 2 mai. Tout découle d’un calcul simple : la fin du mandat d’Emmanuel Macron, fixée au 14 mai 2027, et les délais imposés par l’article 7 de la Constitution. Pour les candidats, le temps presse déjà. Pour les électeurs, le rendez-vous est pris. Dans un an, la France choisira son prochain président. Retrouvez toute notre série sur les candidats à la présidentielle 2027 : Jordan Bardella, Édouard Philippe, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Gabriel Attal, Éric Zemmour, Dominique de Villepin, Raphaël Glucksmann et Jean Lassalle. Sources vérifiées : Constitution française – article 6 et article 7 (legifrance.gouv.fr), Conseil constitutionnel (conseil-constitutionnel.fr), LCP Assemblée nationale (lcp.fr), Élysée (elysee.fr).
