Le chiffre a tout de suite fait le tour des rédactions. 26 000 personnes selon ses soutiens. C’est la mobilisation revendiquée par Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting à Saint-Denis, début juin 2026. Un record pour la gauche depuis le début de la pré-campagne. Une semaine plus tard, Raphaël Glucksmann réunissait entre 3 000 et 4 000 personnes à Aubervilliers. La comparaison est inévitable. Et elle dit beaucoup sur l’état des forces à gauche.
Saint-Denis ?
Le choix du lieu n’est pas anodin. Saint-Denis est devenue une ville symbole pour LFI. Lors des municipales de mars 2026, Bally Bagayoko a remporté la mairie dès le premier tour avec 50,77 % des voix, la première fois que LFI gouverne une ville de plus de 100 000 habitants.
Tenir un meeting présidentiel dans cette ville, c’est afficher une victoire locale comme socle d’une ambition nationale. C’est aussi un message envoyé directement au PS, battu sur ses terres par LFI quelques mois plus tôt.
Le choix géographique illustre la stratégie de LFI : montrer que le mouvement n’est plus seulement un parti de tribuns nationaux, mais aussi un parti d’élus locaux, ancré dans les quartiers populaires.
Source : franceinfo.fr (juin 2026)
Le chiffre de 26 000 : record ou exagération ?
Le chiffre de 26 000 personnes vient des soutiens de Mélenchon, il n’est donc pas une donnée officielle vérifiée par la police ou la préfecture. Comme pour tous les grands meetings politiques, l’écart entre les chiffres des organisateurs et ceux des autorités peut être significatif.
Mais même en tenant compte d’une marge d’erreur, l’ordre de grandeur reste impressionnant. C’est sept à huit fois la mobilisation revendiquée par Glucksmann à Aubervilliers une semaine plus tard. Pour mettre en perspective : un meeting de cette taille place Mélenchon dans la catégorie des très grands rassemblements politiques, comparable aux meetings de fin de campagne présidentielle plutôt qu’à des événements de pré-campagne.
Source : franceinfo.fr, actu.orange.fr (juin 2026)
Ce que ça révèle sur le rapport de force à gauche
Cette mobilisation confirme un constat déjà établi par les sondages. LFI dispose de la force de frappe militante la plus importante à gauche. Selon le baromètre Ipsos de mai 2026, Mélenchon est crédité de 13 à 16 % d’intentions de vote, loin devant Glucksmann (autour de 12 %) et les autres figures de la gauche non-mélenchoniste.
Mais mobilisation n’égale pas conversion électorale. En 2017, Mélenchon avait connu une dynamique de meetings impressionnante en fin de campagne et avait fini à 19,58 %, sans atteindre le second tour. La capacité à remplir des salles ne garantit pas la capacité à élargir son socle électoral au-delà des convaincus.
C’est précisément l’enjeu de la primaire unitaire prévue le 11 octobre 2026 dont LFI ne fait pas partie. Plus LFI mobilise massivement seul, plus la question de l’union de la gauche devient secondaire dans le débat médiatique.
Source : Ipsos (mai 2026), franceinfo.fr
La réponse implicite de Glucksmann
Le meeting de Glucksmann à Aubervilliers, une semaine après celui de Mélenchon, ne pouvait pas s’affranchir de cette comparaison. Sacha Houlié, député ex-macroniste soutenant Glucksmann, a tenté de désamorcer : « Dans notre espace politique, personne ne pourra faire mieux ».
Cette formule traduit une stratégie de différenciation. Plutôt que de rivaliser en nombre, l’entourage de Glucksmann mise sur la nature de son électorat : plus modéré, plus large potentiellement au second tour, moins identifié à un bloc militant fermé.
Reste que pour l’opinion publique, l’image qui domine est celle d’un rapport de force net : 26 000 contre 3 000-4 000. À un an de la présidentielle, les chiffres de mobilisation deviennent eux-mêmes un argument de campagne pour les deux camps.
Source : actu.orange.fr (14 juin 2026)
Conclusion
Le meeting de Saint-Denis confirme la puissance de mobilisation de LFI, la plus forte à gauche, et de loin. Mais il pose aussi une question stratégique pour 2027 : cette force militante peut-elle se traduire en victoire électorale, ou restera-t-elle cantonnée à un socle déjà acquis ? La comparaison avec Aubervilliers, une semaine plus tard, n’a fait qu’accentuer ce débat, sans le trancher.
Sources vérifiées : franceinfo.fr (juin 2026), actu.orange.fr (13-14 juin 2026), Ipsos (mai 2026), LCP (lcp.fr).
