L’écologie n’est pas le premier sujet associé au Rassemblement National. Et pourtant, le parti de Jordan Bardella a un programme sur ce thème. Il est fondé sur une notion centrale : refus de l’écologie punitive. Derrière cette formule, des mesures concrètes qui s’éloignent des engagements climatiques européens. Mais aussi quelques propositions surprenantes sur l’eau, l’agriculture ou le nucléaire.
La doctrine : « l’écologie du bon sens » contre « l’écologie punitive »
Le RN part d’un constat. La France figure selon lui parmi les cinq pays du monde où l’environnement est le moins dégradé. À partir de là, sa logique est simple. Imposer des contraintes supplémentaires pénalise les Français sans gain environnemental réel.
Le programme RN oppose deux modèles. D’un côté, l' »écologie punitive » celle des ZFE, de l’interdiction des thermiques, du Pacte vert européen. De l’autre, ce que Jordan Bardella appelle l' »écologie du bon sens » ou « écologie positive ». Cette dernière se veut pragmatique, nationale et non contraignante.
Ce cadrage a une conséquence directe. Les mots « climat » et « biodiversité » n’apparaissent pas dans le programme législatif de 2024 du RN. Seules quelques attaques contre l' »écologie punitive » y figurent. L’écologie n’est donc pas un axe prioritaire du parti mais ses positions sur ce sujet ont des effets concrets.
Source : vert.eco, linfodurable.fr, Réseau Action Climat (reseauactionclimat.org)
Énergie : le tout-nucléaire et le rejet de l’éolien
C’est la colonne vertébrale du programme énergétique du RN. Le parti fait du nucléaire sa priorité absolue.
Sur le nucléaire : Le RN veut relancer massivement la filière. Il promet la construction de 20 nouveaux réacteurs. Les premiers seraient opérationnels entre 2033 et 2037. Ce chiffre est contesté par les industriels eux-mêmes. EDF et la filière nucléaire reconnaissent qu’un tel rythme est irréaliste à court terme. Le programme du camp présidentiel prévoit 14 réacteurs, lui aussi qualifié d’ambitieux.
Le RN veut également préserver les barrages hydroélectriques. Jordan Bardella s’est dit opposé à toute privatisation des barrages, envisagée par la Commission européenne.
Sur l’éolien : La position du RN est claire. Il veut un moratoire sur tout nouveau projet éolien. Aucun nouveau parc éolien ne serait autorisé. En 2022, le programme présidentiel de Marine Le Pen allait plus loin et prévoyait le démantèlement des parcs existants. Jordan Bardella a nuancé cette position en 2024 : l’objectif est le moratoire, pas le démantèlement systématique.
Pourquoi ce rejet ? Le RN qualifie l’éolien d’énergie « intermittente » et coûteuse. Il estime que le nucléaire peut seul assurer la souveraineté énergétique française. Or, selon le gestionnaire du réseau électrique RTE, les énergies renouvelables représentent environ 15 % de la production électrique française et permettent d’éviter l’émission de 22 millions de tonnes de CO2 par an.
Sur le solaire : Le RN ne ferme pas totalement la porte au photovoltaïque. Jordan Bardella a évoqué la reconstruction d’une filière solaire française. Mais Jean-Philippe Tanguy, figure économique du parti, a déclaré qu’il n’y avait « pas d’urgence à faire du solaire ». La priorité reste le nucléaire.
Sources : linfodurable.fr, vert.eco, Terra Nova (tnova.fr), Réseau Action Climat
Transports : contre l’interdiction des véhicules thermiques et les ZFE
C’est l’un des volets les plus visibles du programme RN sur l’environnement. Deux mesures phares sont proposées.
L’abandon de l’interdiction des véhicules thermiques en 2035 : Le Parlement européen a voté en mars 2023 l’interdiction de la vente de voitures neuves à moteur essence et diesel à partir de 2035. Les eurodéputés RN ont voté contre ce texte. Le programme du RN propose d’abroger cette règle. Jordan Bardella estime que cette décision a été prise « sans étude d’impact ni consultation des professionnels ». Il plaide pour que l’Europe « favorise l’innovation » plutôt que d’interdire. Il souhaite voir émerger des véhicules « propres et abordables ».
À noter : des constructeurs comme Stellantis ont eux-mêmes exprimé des inquiétudes sur un revirement brutal de cette règle. Ils avaient organisé leurs plans d’investissement autour de l’électrification.
La suppression des Zones à Faibles Émissions (ZFE) : Les ZFE sont des zones urbaines où certains véhicules polluants sont interdits. Elles existent dans plusieurs grandes villes comme Paris, Lyon ou Marseille. Le RN veut les supprimer au nom du pouvoir d’achat. L’argument : les ménages les moins aisés, possédant les voitures les plus anciennes, sont les premiers pénalisés.
Ce point est complexe juridiquement. Les ZFE relèvent des politiques locales. Une loi nationale ne pourrait pas les supprimer directement sauf à modifier le cadre législatif qui permet aux collectivités de les instaurer.
Sources : rassemblementnational.fr, euractiv.fr, Réseau Action Climat, aefinfo.fr
Prix de l’énergie : baisser la TVA sur les carburants
Le RN propose de ramener la TVA sur les produits énergétiques (carburants, fioul, gaz, électricité) de 20 % à 5,5 %. Cette mesure est présentée dans le chapitre « pouvoir d’achat » du programme pas dans le chapitre écologie.
C’est un signal politique clair. Pour le RN, la priorité est de baisser les coûts pour les ménages, pas de réduire la consommation d’énergies fossiles. Plusieurs économistes et analystes soulignent qu’une baisse de TVA sur les carburants bénéficie davantage aux ménages aisés, qui consomment plus d’énergie en valeur absolue.
Le RN souhaite également sortir des règles européennes de fixation des prix de l’énergie. L’objectif affiché : reprendre la main sur les tarifs de l’électricité, jugés trop élevés du fait du marché unique de l’énergie. Les experts rappellent que la France est interconnectée au réseau européen. Sortir de ce marché impliquerait des négociations longues et complexes.
Sources : programme RN (rassemblementnational.fr), tous-les-programmes.fr, vert.eco
Agriculture : le plan « Manger français »
C’est l’un des volets les plus développés du programme RN sur les questions environnementales et alimentaires.
Le RN veut « refaire de l’agriculture un instrument du rayonnement du pays ». Il propose plusieurs mesures :
- Renforcer le contrôle des importations pour mettre fin à la vente de produits étrangers ne respectant pas les normes sanitaires et environnementales françaises.
- Garantir des prix rémunérateurs pour les agriculteurs, afin d’éviter les situations de vente à perte.
- Lancer un grand plan « Manger français », qui obligerait les cantines scolaires et administrations à utiliser 80 % de produits agricoles français d’ici à l’horizon fixé.
- Soutenir les circuits courts et la commande publique locale pour réduire l’empreinte carbone des transports alimentaires.
Ces mesures rejoignent des propositions portées par d’autres partis. La question du contrôle aux frontières et de la réciprocité des normes est notamment défendue par des organisations agricoles comme la FNSEA.
Sources : linfodurable.fr, tous-les-programmes.fr, programme RN (rassemblementnational.fr)
Eau : un plan de rénovation du réseau
C’est l’une des rares mesures spécifiquement environnementales du programme RN. Le parti propose d’engager un plan de rénovation du réseau de distribution d’eau en France.
L’objectif est double. Réduire les pertes en ligne les fuites dans les canalisations vieillissantes représentent en France environ 20 % de l’eau potable distribuée selon les estimations sectorielles. Et améliorer la qualité de l’eau pour les usagers.
Cette mesure est globalement saluée par les experts de l’eau, qui soulignent depuis des années le manque d’investissement dans les infrastructures hydrauliques françaises. Elle ne fait pas l’objet de controverses majeures sur le plan environnemental.
Sources : linfodurable.fr, programme RN (rassemblementnational.fr)
Le Pacte vert européen : une cible assumée
Le Pacte vert européen (Green Deal) est l’ensemble des objectifs climatiques de l’Union européenne. Il vise la neutralité carbone à l’horizon 2050 et impose une série de réglementations aux États membres. Le RN veut l’abroger.
Le parti le qualifie de « terrorisme normatif » imposé par Bruxelles. Il estime que ces règles nuisent à la compétitivité des entreprises françaises sans bénéfice climatique réel, puisque l’Europe ne représente qu’une faible part des émissions mondiales de CO2.
Cette position a des implications concrètes. Sortir du Pacte vert nécessiterait un accord à la majorité qualifiée des États membres. La France seule ne peut pas « abolir » le Pacte vert, comme le formule le programme RN. Ce point est signalé par plusieurs experts juridiques européens, notamment sur Euractiv.
Le RN a néanmoins reconnu ces dernières années l’origine humaine du réchauffement climatique. C’est une évolution par rapport aux positions du FN des années 2000-2010. Mais reconnaître le changement climatique et accepter des politiques pour le combattre restent deux choses distinctes dans la ligne du parti.
Sources : euractiv.fr, Réseau Action Climat, Terra Nova (tnova.fr), reporterre.net
Ce qu’en disent les experts
Les analyses des spécialistes convergent sur plusieurs points.
Le think tank Terra Nova conclut que le programme RN mise en réalité sur « la pérennité des consommations d’énergies fossiles ». Il estime que le pari exclusif sur le nucléaire dont les premiers réacteurs n’arriveront pas avant 2035 ne permet pas de compenser l’abandon des renouvelables à court terme.
Le Réseau Action Climat note que les eurodéputés RN ont voté contre la loi européenne de restauration de la nature, contre les objectifs de développement des énergies renouvelables, et contre la plupart des textes du Pacte vert.
Euractiv souligne enfin que plusieurs mesures du programme RN comme la suppression des ZFE ou le refus de l’interdiction des thermiques en 2035, se heurtent au droit européen existant. Les mettre en œuvre nécessiterait des négociations longues et complexes avec Bruxelles.
Sources : Terra Nova (tnova.fr), Réseau Action Climat (reseauactionclimat.org), euractiv.fr
Le programme écologique du RN repose sur une logique cohérente : priorité au nucléaire, refus des contraintes européennes, défense du pouvoir d’achat face aux coûts de la transition. C’est une vision distincte de celle portée par la plupart des autres partis. Elle est plus lisible qu’on ne le pense souvent mais elle s’éloigne significativement des engagements climatiques de la France au niveau européen et international.
En 2027, l’écologie sera un enjeu de campagne. Les électeurs auront à comparer des visions très différentes entre les candidats. Cet article vous donne les clés pour comprendre celle du RN, telle qu’elle est écrite dans ses textes officiels.
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