Avant de convaincre les électeurs, un candidat à la présidentielle doit d’abord convaincre les élus. C’est la règle des 500 parrainages. Sans ces 500 signatures d’élus locaux, impossible d’apparaître sur les bulletins de vote. Cette règle est souvent mal comprise. Elle est pourtant au cœur des élections 2027. Certains candidats déclarés comme Dominique de Villepin passent déjà des mois à la courir. Explications.
D’où vient cette règle ?
La règle des 500 parrainages ne date pas d’hier. Elle est inscrite dans une loi organique du 18 juin 1976. Elle s’applique depuis l’élection présidentielle de 1981.
Avant 1976, il ne fallait que 100 signatures pour se présenter. Mais l’élection de 1974 avait vu 12 candidats se présenter. Cela avait semblé excessif aux législateurs de l’époque. Le seuil a donc été relevé à 500 pour filtrer les candidatures jugées trop nombreuses ou fantaisistes.
Depuis, la règle a été légèrement modifiée. La loi organique du 25 avril 2016 a rendu les parrainages publics au fur et à mesure de leur dépôt. Avant 2016, seuls 500 parrainages tirés au sort par candidat étaient publiés, et après le scrutin. Désormais, les noms des élus signataires sont publiés deux fois par semaine pendant la période de collecte, sur le site du Conseil constitutionnel.
Source : vie-publique.fr, Conseil constitutionnel (conseil-constitutionnel.fr)
Qui peut parrainer un candidat ?
Environ 42 000 élus en France peuvent théoriquement apporter leur parrainage à un candidat. Ce sont :
- Les maires (34 488 en France métropolitaine et outre-mer). Ils constituent la grande majorité des parrains potentiels.
- Les députés et sénateurs.
- Les députés européens français.
- Les conseillers régionaux et conseillers départementaux.
- Les présidents d’intercommunalités (EPCI, métropoles, communautés de communes).
- Les élus d’outre-mer et de collectivités spéciales (Corse, Martinique, Guyane, Polynésie française, etc.).
- Les conseillers des Français de l’étranger (ajoutés par la loi de 2021).
En revanche, un élu ne peut parrainer qu’un seul candidat. Et son choix est irrévocable. S’il parraine un candidat qui se désiste ensuite, il ne peut pas reporter sa signature sur un autre.
Source : publicsenat.fr, france24.com, vie-publique.fr
Quelles sont les règles géographiques ?
Les 500 signatures ne peuvent pas toutes venir du même endroit. Deux règles géographiques s’appliquent.
Règle 1 : La diversité territoriale : Les parrainages doivent provenir d’élus d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents. Un candidat ne peut pas se contenter de rassembler ses signatures dans une seule région.
Règle 2 : Le plafond par collectivité : Un maximum de 50 signatures par département ou collectivité est accepté. Si 60 maires de Seine-Maritime veulent parrainer le même candidat, seulement 50 d’entre eux seront comptabilisés.
Ces règles visent à garantir qu’un candidat dispose d’une représentativité nationale minimale. Elles favorisent les candidats des grands partis, qui ont des réseaux d’élus dans toute la France.
Source : france24.com, publicsenat.fr
Pourquoi est-ce si difficile pour les « petits candidats » ?
Sur le papier, 42 000 élus peuvent parrainer et 500 signatures suffisent. Ce n’est que 1,2 % du total. En pratique, c’est bien plus compliqué.
La publicité des parrainages change tout : Depuis 2016, les noms des élus signataires sont publiés publiquement. Cela a eu un effet dissuasif important. Un maire qui parraine un candidat marginal s’expose à plusieurs risques. Ses électeurs peuvent le désapprouver. Les grands partis qui le financent via des subventions régionales ou départementales peuvent exercer des pressions. Certains parlent même de « chantage » si un maire signe pour un petit candidat, les aides auxquelles il a droit peuvent être remises en question.
Les grands partis font pression : Les appareils des grands partis font passer des consignes à leurs élus locaux pour qu’ils ne dilapident pas leurs parrainages sur des candidats marginaux. Le parrainage est une ressource rare et précieuse.
L’exemple de 2012 : En 2012, Marine Le Pen a failli ne pas réunir ses 500 parrainages. Elle les a obtenus in extremis, à quelques heures de la clôture. Le FN n’avait alors que peu d’élus locaux. Aujourd’hui, le RN dispose d’un vivier d’élus locaux bien plus important, ce qui résout ce problème.
Dominique de Villepin en 2012 et 2027 : Villepin a échoué à rassembler ses 500 parrainages en 2012. Il recommence pour 2027, mais son entourage reconnaît que la collecte est « difficile ». Il ne dispose pas d’un réseau d’élus locaux solide ce qui illustre le paradoxe : on peut être une grande figure nationale et échouer sur les parrainages.
Source : publicsenat.fr, france24.com, droit-finances.commentcamarche.com
Comment se déroule la collecte concrètement ?
La collecte des parrainages est une phase de campagne à part entière. Elle mobilise des équipes entières pendant des semaines.
Le calendrier : La période de recueil des parrainages s’ouvre environ six semaines avant le premier tour. En cas de premier tour le 11 avril 2027, elle débuterait autour de la fin février 2027. La date limite de dépôt est fixée environ quatre semaines avant le premier tour.
La procédure : Les élus envoient leur parrainage directement au Conseil constitutionnel, par courrier ou en ligne. Les candidats ne peuvent pas collecter et transmettre eux-mêmes les signatures. C’est une mesure de sécurité contre les fraudes. Le Conseil constitutionnel publie les parrainages reçus et validés au minimum deux fois par semaine.
La publication : La liste complète des candidats officiellement retenus est publiée au Journal officiel environ quatre semaines avant le premier tour. C’est seulement à ce moment que les candidats sont officiellement dans la course.
Source : Conseil constitutionnel (conseil-constitutionnel.fr), vie-publique.fr
Combien de candidats en 2027 ?
Le nombre de candidats finalement retenus dépend du nombre qui parvient à réunir ses 500 parrainages. Voici les données historiques :
- 2022 : 12 candidats retenus
- 2017 : 11 candidats
- 2012 : 10 candidats
- 2007 : 12 candidats
- 2002 : 16 candidats (record absolu sous la Ve République)
En 2027, le nombre de candidats pressentis est élevé. À droite : Bardella (ou Le Pen), Philippe, Attal, Retailleau, Wauquiez, Zemmour, Ciotti, Villepin. À gauche : Mélenchon, un candidat issu de la primaire, Glucksmann peut-être. En 2024, lors des législatives anticipées, le nombre de candidats avait été historiquement bas en partie parce que le délai était très court. Pour 2027, le calendrier est connu à l’avance. On peut s’attendre à 10 à 15 candidats.
Source : Conseil constitutionnel, Wikipédia, franceinfo.fr
Conclusion
Les 500 parrainages sont bien plus qu’une formalité administrative. Ils conditionnent l’accès au scrutin et favorisent les candidats dotés d’un réseau d’élus solide. C’est une règle qui interroge la démocratie : peut-elle exclure de grands débatteurs nationaux simplement parce qu’ils n’ont pas d’implantation locale ? Le débat reste ouvert. En attendant, pour les élections 2027, la chasse aux signatures est déjà ouverte.
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